
Beurk, des ronces !
Alors... beurk "la nature"... beurk "la différence"... beurk "les autres"...
Non, vous allez trop loin ! C’est beau la nature !
Oui ! Les chats, les chiens, les jardins... ! C’est beau en laisse ou en carré pour que comme ça au moins ça ne puisse pas faire n’importe quoi. Nature, maintenant, ça veut nous dire "environnement", concept humain fort bien tourné qui sert surtout à nous situer dans un univers dont nous souhaitons nous séparer.
Reconnaissez que sans les hommes, les forêts seraient pleines de broussailles, les arbres seraient tout tordus et seraient bien mal en point.
Nous pouvons donc les remercier d’avoir attendu si longtemps que nous nous en occupions pour que leur soit enfin offerte la possibilité de s’épanouir... !
Quand même, toutes ces herbes qui poussent partout, c’est pas propre !
Le vivant, c’est par nature imprévisible et plein d’élan. Mais comme certains verdicts sont là pour nous faire croire qu’il n’est plus bon d’aimer les imprévus qui nous échappent, c’est la vie même et tout son sens qui, loin de nous et loin de nos désirs de rois, s’écarte...
Les p’tites fleurs, les p’tits oiseaux, c’est bien beau, mais le loup dans tout ça, vous êtes pour ou contre ?
Où sont les dieux ? Où sont les diables ? Sauf à prétendre être en mesure de gouverner l’ingouvernable, une question qui touche au droit d’être n’a pas lieu d’être.
De toute manière, vous, les photographes animaliers, dans la nature, c’est vous qui êtes les prédateurs.
Comme les chauffeurs sont des chauffards, les naturalistes des intégristes, et les clichés des vérités.
En plus, comme vos images sont numériques, elles sont forcément retouchées.
Retoucher la nature ?! Tiens donc, c’est une idée ! Comme on retouche au fil des jours beaucoup d’humains par des moyens dénaturés pour leur intégrer des "vérités" ou des envies très étrangères à la réalité... !
D’abord, c’est quoi la beauté ? Le beau, c’est subjectif, il y a des goûts et des couleurs, il faut savoir les respecter.
Et ainsi respecter le fréquent irrespect des goûts vulgaires qui par définition se feront grande joie de piétiner allègrement la beauté subtile qui leur indiffère.
Et puis vous êtes un privilégié, libre de vous promener et de faire les choses qui vous plaisent selon vos envies.
Comme beaucoup d’autres peuvent aussi être libres de leurs envies et se plaire à faire de même, sans nécessité aucune de posséder quelque diplôme, et de privilégier une vie qui ait un sens à un confort qui les rassure.
Oh là là ! Vous, vous êtes un extraterrestre, déconnecté des réalités de notre société !
C’est donc que notre société doit être non moins déconnectée de bon nombre d’éléments autres que ceux auxquels elle est trop habituée.
Mais alors, comment faites-vous pour vivre ?
Demandez-vous plutôt quel air l’humanité respire lorsqu’autour d’elle tellement de choses s’en vont périr. De l’intérêt commun dépend notre survie à chacun.
Vous réfléchissez beaucoup trop, vous vous posez trop de questions compliquées, votre approche est trop philosophique et cela va vous empêcher de profiter des bonnes choses de la vie.
Il est un fait qu’un cerveau peut être parfois utile pour penser, autant que faire se peut pour s’échapper des superficialités, et par conséquent des préjugés dictés. Mais somme toute, n’avons-nous pas déjà pour habitude de penser que la fameuse "conscience" de l’homme fait qu’il n’est pas un animal... ?!
Toutes vos idées sont trop abstraites, elles n’apportent aucun élément clair, elles ne sont donc d’aucune utilité.
Il est inutile aussi de s’interroger sur ce que nos yeux nous permettent de voir et nos oreilles d’entendre, en somme de faire un minimum d’efforts, si nous souhaitons déléguer à d’autres nos précieuses facultés pour mieux rester des assistés.
Vous allez finir par faire peur aux gens.
C’est que la peur sans doute est ailleurs... Comment démontrer à des personnes qu’elles ont peur de voir ce qu’elles ne veulent par voir si le simple fait de le leur dire leur fait déjà peur et qu’elles ne veulent rien savoir ?
Finalement, vous êtes un extrémiste !
Certains s’appliquent vigoureusement à garder des œillères face à des événements devant lesquels ils seraient sensés réagir. Je suis ce que ceux-là font de moi.
Pardon d’exister et merci d’être là.
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